Mikhaïl Gorbatchev/ Daisaku Ikeda DIALOGUE POUR LA PAIX

par ©dominique ottavi  -  24 Avril 2013, 09:55

Mikhaïl Gorbatchev/ Daisaku Ikeda  DIALOGUE POUR LA PAIX

Mikhaïl Gorbatchev/ Daisaku Ikeda

DIALOGUE POUR LA PAIX

(notes de lecture par D.Ottavi)

Si la Spiritualité est confinée au monde intérieur seul, elle peut tolérer des atteintes à la dignité de chacun par l’armée ou l’état. Si le Politique n’intègre pas la Spiritualité ( Poésie), il restera sourd à la volonté du peuple en une tragédie stérile où s’affrontent divers pouvoirs.

Gorbatchev :

Nous croyons en la force de la bonne volonté des êtres humains et en leur raison. Nous croyons qu’un homme politique responsable peut changer le destin de l’humanité, éliminer la menace de destruction. Pour cela il faut chercher ensemble le sens spirituel profond de l’humanisme que l’humanité au XXe n’a jamais connu.

Dans le socialisme le passage par la tentation égalitaire a permis à l’humanité de gagner en maturité et en sagesse. Mais il ests impossible de construire le bonheur de l’humanité sur la violence.

Chaque être humain a une valeur égale et un droit égal au bonheur et à la dignité.

Dans ses années de formation (60) G. aspire à la liberté.

Et cette inspiration lui a permis d’éviter, au moment de la perestroïka, à son pays une décomposition sanglante du style Yougoslavie.

Derrière tout totalitarisme (y compris celui du « Marché ») se cache l’idée que le peuple lui-même ignore comment il doit vivre, et qu’il a besoin de chefs.

G. croit en la valeur de chacun.

Importance donnée à l’empirisme par opposition au dogmatisme.

Daisaku Ikeda

Dit qu’il est devenu bouddhiste, non par dogmatisme, mais par la confiance et le respect qu’il a voué à Toda, dont il a fait son mentor.

Cite André Maurois : « un seul homme peut tout faire avancer »

Gorbatchev :

Je parle des épreuves qui révèlent la solidité d’un homme. Sa véritable nature n’apparaît pas dans le succès, mais dans l’échec. Je n’éprouve aucun regret d’avoir dépensé dans ma jeunesse la majeure partie de mes forces à surmonter l’adversité. Les difficultés et les infortunes de mes premières années d’indépendance ont forgé ma volonté.

La sagesse de la vie c’est peut-être de garder la faculté d’apprécier une fête, même dans une situation particulièrement pénible.

« Un peuple qui méprise la politique a toujours une politique digne de mépris » Thomas Mann

L’apathie ce n’est pas la stabilité.

Cela valait la peine de perdre le pouvoir. La liberté le valait bien.

Le régime stalinien traitait les paysans comme des serfs. G. se remémore son enfance, sa naissance dans le Caucase, où vivent, dans ce monde de paysans, des traditions démocratiques fortes.

Les hommes sans mémoire n’ont pas d’avenir.

D.I.

On doit sans hésitation agir selon ses convictions, mais indépendamment d’autrui. Les qualités du Bouddha se trouvent au fond de l’âme de chaque homme, et même si votre interlocuteur en semble dépourvu et cherche à vous tromper, vous devez croire en lui. C’est le sens suprême de la miséricorde bouddhique.

G.

L’homme politique qui ne croit pas dans les forces créatrices de son propre peuple perd lui-même sa capacité de création.

D.I.

Si vous avez accompli à vos risques et périls ce dont rêvait l’intelligentsia russe et soviétique, ce n’est pas pour la gratitude des hommes, mais au nom du respect que vous avez pour vous-même.

Mr Cohen, prof à Princeton : « Gorbatchev a commencé par la foi en la force de la parole. »

G.

C’est l’identification de la démocratie avec l’anti-culture qui m’effraie le plus.

D.I.

Dans les pays démocratiques la criminalité est plus élevée que dans les pays totalitaires. Les démocraties modernes paient un prix élevé pour la démocratie, la liberté de l’individu et la liberté de choix. De plus la liberté engendre la superbe.

G.

L’essence de la démocratie ce n’est pas la procédure, ni même le droit de vote universel, malgré toute son importance, mais la foi en la capacité que le peuple possède de comprendre ses intérêts et d’être le sujet de son destin historique.

D.I.

Les paroles sont porteuses d’une force étonnante, lorsqu’elles sont soutenues par une foi forte et une profonde conviction.

G.

Le crime, même au nom d’un grand objectif, reste un crime, que le but le plus noble ne peut justifier. Ni la souffrance des innocents. L’homme n’a pas besoin d’un progrès qui lui enlève le droit au bonheur, à sa vie unique.

Reconnaître la priorité de la vie sur la théorie, suivre la vie, se soumettre à sa logique, arrêter de se mentir à soi-même.

D.I.

Comment aller vers la vie, ne pas abandonner l’éternel et le sacré pour des futilités ?

Gandhi condamnait le socialisme révolutionnaire, fondé sur la violence. Il voulait un « socialisme pur comme du cristal ». Pour le construire, il faut choisir des méthodes d’une pureté cristalline, car les méthodes impures dénigrent le but et mènent la cause à sa ruine. C’est le contraire du slogan bolchevique : « la fin justifie les moyens. ».

Je rêvais depuis longtemps de voir les chefs d’état qui ont la responsabilité de l’avenir de l’humanité emprunter la voie irremplaçable du dialogue, d’une sincère conversation à cœur ouvert, pour percer l’isolement mutuel des deux systèmes politiques hostiles. Vous avez fait le premier pas pour la réalisation de ce rêve.

G.

Je ne vois pas d’autre solution que d’approfondir et de développer les bases morales fondamentales de cette philosophie que nous avons appelée la « nouvelle pensée ».

Il est essentiel que chacun apprenne à voir dans l’autre un être qui lui ressemble, et qui lui est égal à tous points de vue.

Si l’on a en son for intérieur ce sentiment profond de l’égalité, alors on est un véritable démocrate.

D.I.

Le cynisme fait naître le cynisme, la méfiance n’engendre que la méfiance. Il en résulte cette atmosphère de déception des procédures démocratiques, qui mène généralement à un régime autoritaire, à la dictature.

G.

Le principe de la rétribution morale, le principe de la justice, finit toujours par fonctionner tôt ou tard. Par exemple, l’assassinat de la famille du tsar Nicolas II est en fin de compte condamné moralement en Russie. Et ce fait a une énorme signification pour l’éducation morale de la nation russe, bien qu’il ne se produise qu’après plus de 70 ans. Le courant de l’histoire avec ses lois, et le temps où coule la vie morale, se trouvent dans des dimensions différentes. Et ils sont rarement en phase.

D.I.

La liberté, de par sa nature, suppose l’égocentrisme, ce qui n’est pas préjudiciable, tant que cela n’aboutit pas au cynisme et à la franche cupidité. Pour leur malheur, les anciens pays socialistes ont entamé leur retour au sein de la civilisation européenne au moment où cette dernière traverse une très profonde crise morale et où l’adoration de l’ « homme dieu », le culte de la jouissance sans bornes, de la force et de la cupidité sont devenus les idées dominantes de l’époque.

G.

La civilisation occidentale contemporaine est malade. L’individualisme poussé à l’extrême, la cupidité, le mercantilisme, le parasitisme… les tentatives de la Russie pour réintégrer l’Europe et se remettre sur la voie de la civilisation moderne n’ont, pour l’instant, abouti qu’à l’explosion du mercantilisme, à l’aspiration à s’enrichir à tout prix, et le plus vite possible. La lutte contre un collectivisme vulgaire conduit à un individualisme non moins vulgaire.

D.I.

Les réformes commencent toujours par une transformation spirituelle. Je vois le sens et la grandeur de la perestroïka dans le fait qu’elle a justement commencé par une révision des valeurs morales, qu’elle a conclu à la nécessité d’être guidée en permanence par des critères universels, de mettre en avant la « vie humaine », de renoncer à la division de la morale en morale bourgeoise et morale prolétaire.

Tolstoï : « La religion de ceux qui pensent ne croire en rien les amène à suivre tout ce que fait la majorité. En d’autres termes, c’est l’obéissance au pouvoir du moment. »

L’idée d’égalité, lorsque la société est conçue comme un troupeau de brebis impuissantes mène inévitablement au nivellement, à l’esclavage et au totalitarisme. (« Nous sommes tous esclaves et tous égaux dans l’esclavage. » Dostoïevski)

Tout pouvoir cache en lui la soif diabolique de contrôler les gens et de les utiliser pour satisfaire ses propres fins.

G.

Aller du sentiment d’appartenance à la nation vers le sentiment d’appartenance au genre humain.

L’éclatement de notre société plurinationale apportera à des millions de nos concitoyens des malheurs qui pèseront plus lourd que tous les avantages qu’ils pourront tirer de la séparation.

D.I.

J’ai l’impression que des abstractions telles que « nation » ou « autodétermination nationale » ne sont pas moins sanguinaires que d’autres comme « ennemi de classe » ou « dictature du prolétariat »… Des millions d’innocents deviennent des victimes de manipulations par ces notions abstraites… L’exemple de l’URSS suffit à nous en convaincre.

G.

Le but de la « nouvelle pensée » était d’opposer une philosophie de la pluralité des conceptions du monde à l’esprit doctrinaire, au schématisme et à l’idéologie unitaire.

Que deviendrait l’Europe moderne si chaque ethnie revendiquait le droit d’avoir son propre état ? Une petite ethnie, incapable d’assurer par elle-même sa propre sécurité et son indépendance économique deviendrait inévitablement le jouet de voisins plus importants. Cela impliquerait de nouveaux partages, de nouveaux conflits et de nouvelles guerres.

D.I.

Sous l’effet de l’abstraction, les mots acquièrent la propriété de s’éloigner de l’objet concret qu’ils désignent. Nous le voyons chez le mot « nation »… Il est très facile de prendre les mots pour la réalité et de se laisser piéger… Au XXe siècle la foi excessive dans certains discours, la crédulité, l’aveuglement et le fanatisme ont provoqué des erreurs horribles, sans précédent.

G.

En réalité le nationalisme est une perversion de la conscience nationale, un artifice immoral qu’une nation utilise pour s’affirmer. Il se manifeste par l’exacerbation de l’égoïsme et de l’orgueil nationaux. Il engendre toujours le chauvinisme et la xénophobie. La conscience de son appartenance à une nation est, en revanche, une valeur aussi positive que la famille, l’état, la religion, ou la propriété. Il me semble que l’homme ne peut s’imprégner de respect pour la culture d’autrui et comprendre son sens que si son âme est profondément attachée à sa propre culture et si ses racines sont bien ancrées dans son propre sol. Ce n’est qu’en s’appuyant sur sa propre terre que l’on peut atteindre les hauteurs de l’âme universelle.

Norman Cousins : « La grande erreur de l’éducation dans presque tous les pays du monde est d’inculquer avant tout à l’individu la conscience nationale et non celle de l’appartenance à l’humanité. Au lieu de s’intéresser à l’essence de l’homme, elle se focalise sur son activité et, au lieu de l’unité mondiale, elle se fixe pour objectif une unité limitée. Elle exalte le système et non pas l’homme qui l’a créé. Elle exalte la force de l’homme plutôt que sa vie même. Il y a des hymnes nationaux. Il n’y a pas d’hymne de l’humanité. »

Aujourd’hui, après une quête longue et difficile, j’ai abandonné l’utopie communiste, mais je suis toujours attaché à l’idée socialiste que je considère comme une composante importante de la philosophie de la société future.

Egalité ? Pour que tous les hommes soient égaux, pour les révolutionnaires, il fallait éliminer par exemple un obstacle comme le talent. Pendant la révolution française, les babouvistes appelaient à l’extermination des gens de talent au nom de la grande idée d’égalité.

Le socialisme est lié non pas à des dogmes, mais à l’humanisation des conditions d’existence et à la croissance du bien-être, des droits et des libertés de l’individu. Il se rapproche ainsi de l’humanisme réel (déclaration au XXVIIIe Congrès du PC d’Urss)

Le monde finira par s’effondrer si l’on ne reconnaît pas la priorité de la morale.

Le sens de toute civilisation humaine, le sens du progrès, de la culture, est de préserver ce sur quoi repose la vie humaine. Au cours de terrible XXe siècle beaucoup de choses intelligentes et honnêtes ont été dites sur la valeur de la vie, sur la grandeur de la nature, et de l’homme.

En fait, ce n’est qu’à partir de la moitié du XXe siècle que l’humanité a commencé à comprendre que ses activités pouvaient être mortelles, qu’il y avait une limite aux transformations de la nature, que chaque négation du passé n’était pas nécessairement suivie d’un progrès, qu’il pouvait y avoir une négation qui ne serait suivie de rien. La crise actuelle de la civilisation humaine signifie, à mon avis, la fin définitive de l’idéologie expansionniste. Aujourd’hui, il n’existe plus de différence entre les expressions de cet expansionnisme, qu’il soit communiste ou scientiste, qu’il réponde à l’aspiration de tout soumettre à l’idée d’égalité ou à la science.

D.I.

Si l’on ne trouve pas un moyen de limiter la soif d’en vouloir toujours plus et d’aller toujours plus loin, notre civilisation sera vouée à la disparition.

Parabole du 29è jour : Supposons que des nénuphars dans un étang doublent de volume chaque jour et que l’on calcule qu’il faudra 30 jours pour en couvrir entièrement la surface. Cela signifie qu’au 29è jour, seule la moitié de l’étang sera recouverte. On peut alors penser, en constatant que l’autre moitié est encore libre, que la situation n’est pas si grave. Mais, en réalité, le répit n’est que d’une seule journée. Le monde moderne, avec les problèmes de population, de ressources naturelles, de sources d’énergies se trouve exactement au 29è jour. Il peut se produire qu’il ne reste rien au 30è jour.

G.

Il est clair désormais que la crise écologique est une conséquence de la crise des valeurs traditionnelles, de l’âme, de la vision du monde.

L’idéologie du siècle des Lumières est épuisée et, avec elle, la philosophie d’un progrès infini, perçu comme le développement infini des forces humaines à l’extérieur de lui-même, dans la nature et dans l’espace.

D.I.

On ne peut pas considérer le temps comme un objet non organique qui coule du passé vers le futur, en laissant l’homme de côté. Dépendant de l’homme, il devient vivant et sa vitalité est celle de l’esprit humain.

G .

Tolstoï : « Le bon sens me dit que si la plus grande partie de l’humanité, c’est à dire ce que l’on appelle l’Orient, ne confirme pas la loi du progrès, mais la réfute au contraire, alors cette loi n’existe pas pour toute l’humanité. Comme toutes les personnes libres de la superstition du progrès… il m’est impossible de trouver la moindre loi commune dans la vie de l’humanité. Quant à accommoder l’histoire à l’idée de progrès, c’est aussi simple que de l’adapter à celle de régression ou à n’importe quelle autre fantaisie historique. Je dirai même plus : je ne vois aucune nécessité de chercher des lois générales dans l’histoire, sans parler de l’impossibilité de la chose. La loi générale éternelle est inscrite dans l’âme de chaque homme. »

D.I.

Pour Berdiaïev, lorsque s’élargit la conscience, le passé et le futur fusionnent en un seul présent, éternel. Cette pensée est très proche de la conception bouddhique. : le bouddhisme n’appréhende pas la réalité en fonction de principes abstraits, mais diffuse sa doctrine en prenant en compte les circonstances et les conditions de chaque époque, anticipant avec attention les espérances véritables du peuple.

G .

Il convient de distinguer l’idéal moral, qui stimule véritablement le développement spirituel de l’individu et rend sa vie plus sensée, de l’utopie idéologique, source de violence et de destruction.

Il ne suffit pas d’apprendre à défendre les droits des minorités, même si, en soi, l’aspiration de la démocratie à défendre la minorité et à la protéger de la dictature de la majorité est la plus grande réalisation de la liberté. Il est important de comprendre que la vérité de la minorité est universelle, elle aussi, qu’elle a de la valeur.

D.I.

Notre seule possibilité de survie se trouve dans le passage de la concurrence économique et militaire à la coopération pour investir dans le fond universel de l’humanisme. Le critère principal de la civilisation doit être le niveau d’humanisme de chaque société.

G.

La science du XXIe siècle, et en premier lieu les sciences humaines, doit nous expliquer ce qui ne peut pas être changé dans l’homme et ce qu’il est dangereux de changer.

D.I.

Confondant savoir et sagesse, prenant la crédulité pour de la conviction, le plaisir pour le bonheur et la productivité pour valeur suprême, les hommes se sont lancés à corps perdu dans une fuite en avant : le résultat est bien triste !

G.

Il est évident que les anciennes oppositions mécaniques entre le socialisme et le capitalisme, le libéralisme et l’étatisme, sont en train de mourir. Nous avaçons vers autre chose, une situation nouvelle, une complémentarité des mécanismes et des instruments de la vie sociale qui renforce ses propres fondements.

Cette recherche doit être aussi celle de la synthèse des points communs, de ce qui unit, au lieu de diviser, les hommes, les nations et les peuples.

La valeur de la démocratie est nulle si elle est installée par la violence et les frappes aériennes.

Nous n’avons pas renoncé à notre approche idéologique juste pour devenir des esclaves d’une nouvelle idéologie. Nous avons renoncé à notre approche idéologique au nom d’une approche morale.

Aux Etats-Unis aujourd’hui le cours des évènements dépend entièrement de la probité et de la décence de ceux qui contrôlent les empires médiatiques (le 4e pouvoir). Une révolution culturelle est nécessaire pour s’opposer à la toute puissance de ce 4e pouvoir.

La culture humaniste de la population est très basse, même dans les pays les plus développés de l’Occident, Etats-Unis en tête.

Il convient de réfléchir à la manière d’éviter une nouvelle unification du monde. Il faut commencer par perfectionner les organisations internationales qui existent déjà. L’ UNESCO : pourquoi ne pas réfléchir aux orientations d’une éducation humanitaire fondée sur l’expérience morale de toute l’humanité et la sagesse morale de toutes les grandes religions ?

Il devrait être question aujourd’hui d’une réorientation culturelle de toute la civilisation humaine, d’une nouvelle refondation morale et culturelle.

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