Dominique Ottavi
Samedi 19 Mai 2012

Warzame, Burkina Faso

(Warzamé signifie : Celui qui s’est mis à l’écart, pour ne plus entendre les bruits des guerres)

Warzamé est un village peuhl à 3 heures de route et de piste au sud de Ouagadougou. La famille peuhl de Valérie Roghi, qui nous a confié la poursuite de son projet, a interrompue là son errance à la recherche de l’e au il y a trois ans autour de puisards insalubres. Valérie a fait faire un forage à 49 mètres. Il nous reste à installer l’appareillage béton qui recevra la pompe. Ensuite nous étudierons la faisabilité d’un jardin potager, puis d’un centre culturel et d’alphabétisation. Le site comprend quatre villages : quatre ethnies et langues différentes. En tout 1500 personnes.

3 mai 2005. 21h15

Départ de Marignane. Avion islandais. Escale Niamey, yeux écarquillés dans la nuit. Une grappe de passagers descend, deux autres embarquent, comme on prend le métro. Il fait presque froid, le voyage n’en finit pas. Tous les quart d’heure on nous offre de l’eau et puis voilà Ouaga. Décalage horaire : deux heures. Il est 3h 30 du matin ; le temps des formalités –flics et douaniers débonnaires, porteurs en long tablier, leurs chariots à bout de bras et qui se pressent autour du tapis roulant. Dehors, Valérie est là, rayonnante. Je grimpe à bord d’un 4x4 dans la nuit chaude. On me dépose au Samaritain, « hôtel » au bout d’un improbable dédale de ruelles en terre même pas battue et qui se soulève par plaques. Nous repartons, une fois mon bagage déposé, dresser nos plans de la semaine jusqu’au « maquis », c’est comme ça qu’on appelle ici ces débits de boissons de plein air. Dans les rues autour partout des gens qui dorment, qui ronflent, qui s’agitent auprès d’un feu. La télé parle en français sur des images américaines. La nuit est pleine d’étoiles lointaines. Partout ça bouge, ça vibre. Valérie m’appelle, d’un endroit situé sur la gauche du maquis où elle vient de se faufiler : c’est une cour intérieure où donnent les cabanes de bric et de broc, portes ouvertes et sur le sol de cette cour, on dort à même le sol. « là, tu vois, c’est là que j’habite et ici, c’est ma tante qui dort, elle va se lever à cinq heures, faire la vaisselle et préparer le riz, qu’elle va aller vendre au pied du grand panneau publicitaire à la droite du maquis. Tu sais, le marché est là : toutes ces petites maisons et là, ce terrain vague, avant c’était aussi ce genre de cabanes : ils ont rasé le quartier pour y construire un « grand projet » et les habitants, on les a repoussés à l’extérieur de la ville, loin, et pour le travail, ce n’est pas bien, d’être si loin… »

hotelOuaga2

L’hôtel Samaritain a une cour intérieure pleine de plantes, d’arbustes, de fleurs. La chambre 1 a un salon d’entrée avec table basse et fauteuils en bois. Puis le lit sous sa moustiquaire, un climatiseur au mur. Une salle d’eau toute carrelée de petits carreaux multicolores. Une douche avec le néon presque sous le pommeau. Ce matin dans la cour, je déjeune, prends mes premières notes et photos. Il y fait doux, du vent, le chant des oiseaux, le ronflement d’une mobylette au loin et le radio tout bas et puis un martèlement régulier à 2 heures. Confiture de papayes de Ouaga. Lait concentré sucré en boîte de Nocera (Italia).


hotelOuaga4
cousinsValerieOuaga2

Dans la nuit, après le maquis et nous êtres concertés pour demain, Valérie réquisitionne un « cousin » : « Tu ne vas pas dormir, il faut qu’on l’accompagne à l’hôtel. » « Mais, non je trouverai bien tout seul » Et nous voilà partis dans le labyrinthe peuplé de corps endormis, d’ombres qui s’agitent lentement. Longue, longue marche tranquille.


Mercredi 4 mai 2005

ValerieOuaga

Fernand Koutiangba est un monsieur charmant, ponctuel, précis et obligeant. Il possède au plus haut point l’art du dialogue : il sait écouter et se faire écouter, ne parle jamais pour ne rien dire et ne laisse jamais passer les points obscurs. Avec lui, sur cette terrasse de l’après-midi, sous la paillote où l’on trouve quelque fraîcheur notre projet se précise, s’affine, s’épanouit. Il nous assure de son soutien et c’est bon de savoir qu’il sera là. Un premier atelier d’écriture dans sa classe vendredi après-midi peut-être ?

Le midi au Bugoulou, bar historiquement le premier de Ouaga. Ambiance indépendance années 60/70 et tout, gros baffles scellés haut dans les murs jaunes en plein air. Du poulet, des brochettes, des frites et de la bière Brakina. Rencontre avec Marius qui m’emmène jusqu’ici sur sa mobylette. Marius est sociologue, scénariste. Il me dresse une liste impressionnante d’ouvrages de philosophes, sociologues, politologues, philologues français qu’il voudra bien que je lui apporte la prochaine fois. Laurent est un toulousain dont les deux parents sont vénitiens. Il en est fier et parle encore sa langue qu’il voudrait sauver à tout prix. Il est en Afrique depuis plus de quinze ans. Dans l’humanitaire, la production de disques, et ses tentatives de sauver les trésors de l’oralité. Demain soir, au studio qu’il a créé, il réunit plusieurs amis musiciens et tient à ce que je vienne avec a cetera.

Le TÉLÉCENTRE : 2 cabines en bois et la poussière ocre, partout.

Valerieteleboutique

Le Taxi : 200 Cfa par personne, on s’y entasse.

Allers-retours dans la cour près du maquis où habite la « famille « de Valérie. Les grandes poteries toutes joufflues et rondes, ce sont des « canaris »: quatre fois par jour, on vient les leur remplir d’eau.

canarisw

Monde de femmes, gynécée, et d’enfants en bas âge. Les hommes jeunes – les enfants grandis- vont et viennent et se tiennent le plus souvent sur des bancs ou des vélomoteurs à l’entrée de cette cour. Au début j’hésite un peu à entrer, mais on m’y incite vigoureusement. Grande impression de liberté. Rien à voir avec les mondes arabes où l’espace de séparation entre le public et le privé et les sexes est fortement marqué. Ici tout est à ciel ouvert, tu entres, tu es chez toi. Les femmes sont belles et libres dans leur corps et leurs mouvements. Cinq fois par jour c’est la prière.

Adama Campaoré arrive avec une heure de retard à notre rendez-vous. Tout de suite, sans accepter le verre que je veux lui offrir, il nous invite en dehors de l’hôtel et nous nous retrouvons dans le jardin déjà visité cet après-midi en compagnie de Fernand : jovialité instantanée, extrême chaleur humaine. Petit à petit, la discussion se resserre entre rires et sourires sur les sujets les plus graves de la solidarité nécessaire, de l’alphabétisation, de la résistance à la volonté de mainmise américaine sur la culture et la pensée. Un grand éclat de rire. Moussa qui avait rendez-vous avec nous à l’heure où Adama est arrivé est présent, attentif et silencieux ; il nous quitte quand Adama nous fait monter dans sa Peugeot blanche climatisée pour nous emmener tous feux éteints dans un restaurant sans lumières, caché au nord de la ville. Il nous fait manger à pleines mains le poulet burkinabé : « ici quand on veut du poulet, qu’on le commande, ce n’est pas l’aile ou la cuisse, mais d’office, le poulet tout entier… ». Aphorismes campaoriens : « Quand vous vous lavez le dos, songez à vous rincer le visage ». » L’important, c’est d’informatiser la gestion du harem »… Demain, il met sa voiture avec chauffeur à notre disposition.

Mercredi 4 mai 2005

Resmata est là, devant l’entrée de l’Hôtel Iris à 9h-1/4. Belle jeune femme, puissante et placide, elle est le « chauffeur » d’Adama et c’est la même Peugeot blanche que lui conduisait hier soir pendant notre folle équipée. A 9heures nous sommes reçus dans un bel immeuble ré&cent avec statues monumentales dans le patio d’entrée par Gaston Kaboré, cinéaste et comme Idrissa Ouedraougo que nous verrons dans l’après-midi, apparemment producteur, distributeur etc. de films. Il fut enseignant en cinéma et ses élèves ont créé une autre distribution production : SAMELIS (Issa Traoré et Sekou Traoré). Très affable il prend note de notre projet et donne son accord pour la diffusion de ses films aux Antilles, où Valérie envisage lors de son installation là-bas de créer un pont culturel avec l’Afrique.

ValerieResmatacourImagi

Passage au café Internet, et à midi, nous retrouvons M. et Mme Boly et leur fils au restaurant le Festin. Haut de plafond, immense salle claire, serveurs peu pressés. Le contact avec les Boly s’établit directement, sympathique et courtois. Ils font des difficultés pour que nous partions ensemble à Warzamé : ils sont débordés, répète Mr Boly, crâne rasé, vêtement blanc ample, petites lunettes dorées. Finalement je lui explique en détail notre projet, lui montre tous les documents, de ceux concernant le forage jusqu’au « book » de Per a Pace.Alors il se ravise, surtout quand je lui dis que nous pouvons descendre lundi en taxi : il accepte d’emblée. Du coup, nous décidons de les retrouver demain à Ouahigouya la grande ville du nord, où ils demeurent. Bus à 7h –1/4.

A 15 heures, Idrissa Ouedraougo, le célèbre cinéaste, dans un immeuble récent aussi, mais plus touffu et fantaisiste: des portes, des couloirs, des affiches au mur, des gens qui se croisent, poursuivent une idée, apportent un café. Idrissa, le bon géant, dandy débonnaire, dans sa fourmilière, il agite ses grandes mains et de sa voix grave réclame calmement quelque chose à manger. Sitôt qu’on le lui apporte, il nous en propose de son plat réchauffé qu’il pose sur son bureau entre ses dossiers et qu’il avale en trois coups de cuillers à pot. Je lui parle de Mighele Raffaelli qui lui passe le bonjour. Il se souvient bien. Il le lui rend. Il nous souhaite bonne chance et qu’on le tienne au courant.

A 16 heures : Mr Yves Ollivier, Centre Culturel Français. Nous sommes à l’heure. Il nous demande d’attendre, très occupé qu’il est, à la préparation d’un concert, je pense. Nous allons chercher Resmata, restée dans la voiture, et lui offrons un verre au café du CCF, qui est en fait une grande salle de concert. Elle s’étonne que M. Ollivier nous fasse ainsi attendre, alors que nous avons rendez-vous. Enfin il veut bien s’entretenir avec nous et s’assied à notre table de terrasse. Je lui parle de nos projets sur le Burkina : forage, potager, centre d’alphabétisation à Warzamé, et en amont, à Ouaga, pour sensibiliser l’opinion et les médias, concert avec mes musiciens où nous intégrerions une classe ou deux d’enfants qui chanteraient les chansons que nous aurions inventées avec eux, comme j’ai l’habitude de le faire. Il répond que les enfants et les ateliers d’écriture, ce n’est pas son affaire, que lui s’occupe essentiellement d’organiser des concerts pour les groupes africains, d’ailleurs, beaucoup qui ont à présent une carrière internationale ont commencé ici. « Seriez-vous d’accord pour nous proposer néanmoins une date ? » « Soit, mais il n’y aura pas un sou, ni pour les voyages, ni pour les cachets » « Ce n’est pas grave, nous nous débrouillerons » « Bon, rappelez-moi en octobre pour une date en mars ». « Merci, M. Ollivier, au plaisir ! »

À 18 heures, nous arrivons au « studio d’enregistrement ». J’ai a ceterina avec moi, et tout de suite, on me propose d’ajouter quelques notes à l’enregistrement en cours. À la « console », c’est un jeune homme très affable, très jovial. Dans un canapé il y a deux jeunes filles, dont l’une, je le découvrirai ensuite, est la chanteuse. J’aime bien leur musique. Les conditions sont spartiates, ça me rappelle le temps chez nous des premiers ordinateurs de musique « Atari ».

dumenregistrestudioOuaga

On me tend le casque, c’est une oreillette de téléphone portable, qui plus est avec un mauvais contact. Je trouve assez vite les quelques notes en question, on enregistre, ils ont l’air contents, moi je suis ravi. Tout de suite après, c’est la soirée chez Laurent qui a invité apparemment un maximum d’amis pour nous faire honneur et nous recevoir au mieux ; c’est vraiment une charmante attention. Il y a là un joueur de balafon proprement extraordinaire, des percussions à foison, et ça ne tarde pas à danser, les musiciens déchaînés, qui me proposent de jouer avec eux et j’y vais, surpris de me sentir aussi à l’aise dans une musique qui n’est pourtant pas la mienne.


soireeLaurent

On boit de la bière, on parle beaucoup, les gens arrivent sans discontinuer, puis repartent et reviennent dans la drôle de maison qui comme toutes les maisons d’ici a quelque chose du bunker, à cause de toutes les ouvertures systématiquement protégées par des volets en fer gris.


Jeudi 5 mai 2005

À la gare des bus, spectacle haut en couleurs, voitures surchargées d’énormes ballots multicolores, nous attendons avec M. et Mme Boly de nous embarquer pour la grande ville du Nord Ouahigouya. Le voyage lui-même est tout aussi bigarré : les mères montent à bord avec des meutes d’enfants qu’elles confient au hasard des passagers : je me retrouve avec une charmante fillette sur les genoux, pas intimidée du tout.

ValerieetlesBolly

À peine arrivés à Ouahigouya, nous filons au bureau de M. Boly à la Chambre de Commerce de la ville, puis c’est la maison où ils vivent.Pendant le déjeuner, il m’apprend à manger avec les mains. Nous filons téléphoner, encore et toujours, dehors à la téléboutique. J’y oublie mon portefeuille, avec tout mon argent, mes cartes de crédit, d’identité…

cooperativeOuahigouya

La jeune femme vient sonner à la porte des Boly et me le restitue : il ne manque pas un billet, ni une pièce, ni une carte. Ensuite, nous visitons une coopérative créée par des femmes: mangues, bananes séchées, etc. emballées à destination du commerce équitable. Puis un centre d’alphabétisation : il s’agit d ’une construction à deux pans de murs sous un toit, où les hommes et les femmes tout en couleurs, des enfants plein les bras, apprennent dans cette sorte de demi plein air à lire et écrire en foufouldé : c’est un bon exemple de ce qu’il nous faudra réaliser à Warzamé.

alphabetisation2

Au retour à Ouaga, l’hôtel Iris m’a déménagé à la chambre 5. Ça tombe bien, c’est mon chiffre. Soif. LAFI, c’est le nom de l’eau minérale au Burkina. En buvant je repense à ce document lu dans le bureau de M Boly à Ouahigouya : l’espérance de vie pour l’Afrique sub-saharienne est de 46,6 ans. Pour le reste du monde 66 et quelques. Ouahigouya signifie : « Venez vous soumettre, vous prosterner ». Bigre !

Ici c’est le pays des MOSSI, dont le chef le MOGHO-NAABAZ a son palais à Ouaga et qui est plus respecté que le président lui-même

Le 6 au matin, la direction de l’hôtel Iris me déménage à nouveau, à la chambre 19 cette fois. Pendant ce temps Télécentre, café Internet, déjeuner chez Simon, le Libanais et puis sieste. Je suis malade : la « tourista », comme tout le monde appelle ici cette affection subie par les étrangers du nord. À 16 heures, nous voilà à la Pépinière. C’est une école privée où le retraité Fernand Koutianbga fait des heures pour arrondir ses fins de mois et ne pas, selon ses dires, « perdre le contact avec les enfants ». Il est ici le correspondant de la FOL- FALEP pour tout le Burkina Faso. Il parle beaucoup de laïcité, mais se retrouve dans le privé, où les profs sont moins payés que dans le public. Mais dans le public les classes sont d’environ 90 élèves, et dans le privé deux fois moins. La scolarité dans le public coûte aux parents 2000 CFA/an et dans le privé de 25000 à 100 000 CFA.

Je soigne ma « tourista » à coups de DEBRIDA et d’INDEXTRIX.

Nous offrons les livres que j’ai apporté de Corse à la fondatrice de la Pépinière, TANTI YABA, (Tanti : Tante et Yaba : tante, grand mère, très proche de notre Zia), dame âgée, et apparemment grande militante de la cause des enfants. Elle paraît très heureuse de ce cadeau et nous remercie plus que chaleureusement.

À la fin de la chanson inventée avec les enfants ( le français est pour eux langue étrangère), sur la base d’une rythmique proposée par la petite Marie-Ange (j’ai décidé de m’en remettre aux claquements de mains, car a cetera se déclare dans cette chaleur moite inaccordable), le vent et la pluie en rafales violentes se déchaînent, transformant la cour de terre rouge de l’école en marais.

DumeFernandapreslatatelierecritureatelierecriture2

Me revient une phrase d’Adama : « …compliqué comme des mollets de serpent » et de Mme Boly : « l’enfant ne tête pas la barbe, mais le sein »

Au soir, nous attendons Adama dans le hall de l’hôtel de 19h à 20h30. Valérie se désespère : elle voudrait aller au concert de jazz de ce soir à Ouaga. Adama arrive, il nous conduit jusque devant le CCF : il pleut, concert annulé. Nous retrouvons des amis à lui dans un restaurant chic. L’un, Maurice Ramde, est le directeur commercial de la bière Brakina qui appartient en fait au français Castel, numéro 2 mondial des vins, bières , eaux etc. Il s’occupe apparemment aussi d’humanitaire/solidaire dans le cadre du Lion’s Club. Il nous invite à la fête de la bière qui bat son plein en ce moment à la Maison du Peuple, demain midi. Nous verrons peut-être avant Georges, collègue de Valérie en Belgique où ils étudiaient tous deux le français comme langue étrangère. Il travaille dans l’enseignement. Mais avant rendez-vous avec Madame Boly 2 ?

Samedi 8 mai 2005

Hier, à 11h, Madame Boly 2 en son bureau de la Coopération Suisse, clair, spacieux. Entretien remarquable. Elle nous dit : « Ici nous sommes avec vous en famille ». Déjeuner chez Simon, sieste, ma gastro se calme un peu, mais toujours beaucoup de fatigue

16h : RV avec Jules : nous visitons la fabrique de DOLO, (Tchapalo en Moré) la bière traditionnelle de mil. La mesure c’est une calebasse, je goûte, c’est délicieux.

fabriquebierefabriquebiere2

Mais la Mère n’est pas là, c’est la patronne, le chef et la Mamma. Elle est à la fête de la bière. « Elle y est pour vendre ? – Non, pour boire ». Jules nous accompagne à la fête, il est très protecteur, très attentionné : nous rencontrons Maxime, champion d’haltérophilie, plus tard rejoint par son pendant, frère ou jumeau. Jules joue avec l’appareil photo. L’ambiance monte peu à peu, la foule grossit sans cesse et partout, sur place, ça danse. L’impression de plus en plus nette qu’on se dirige vers un paroxysme. La musique est partout trop forte. Quand à gauche la tension monte, à droite elle redescend et puis tout de suite après c’est le contraire. La Mère, la Vieille est aux anges, regard doux, affectueux. Jules me dit qu’elle a 50 ans et tout le monde l’entoure de respect.

FeteBierefetebiere2
maisonpeupleNous nous rendons au concert à la Maison du Peuple : 2 groupes, celui dont le concert d’hier soir a été annulé à cause de la pluie : King Mensah, sorte de Prince local, la même démesure dans les costumes, la présence scénique, qui chante en MINA, le peuple Mina étant majoritaire au Togo voisin et l’orchestre National de jazz de Guinée ( Konakry : BEMBEYA JAZZ), créé en 1959.

À mon retour en Corse il faudra m’occuper de me renseigner sur la Francophonie, ses institutions, ses actions… les Peuhls, Tomas Sankara, l’ancien président, qui entre autres a donné son nom au pays : Burkina Faso : Pays des Hommes Intègres

ValerieetGeorgesSawadogo

Rencontre avec Georges Sawadogo. Il nous invite le 12 à une conférence sur le Plan décennal du Gouvernement : PDDEB : Plan Décennal de Développement de l’Enseignement de Base. Cette conférence est organisée par Georges qui est Directeur de recherche à l’Ecole Normale supérieure de Ouaga. Actuellement, toutes régions confondues, la scolarisation est de 52%. L’objectif du Plan est de 70%. Projet d’écoles bilingues, puisque jusqu’à maintenant l’enseignement est seulement en français. Cette année est la première où le certificat d’études est passé en bilingue. Création d’écoles satellites : récupérer des enfants déscolarisés à partir de 9 ans pour leur faire faire jardinage, menuiserie….

Voir www.sidwaya.bf, Burkina presse, repère n°29 un article de Georges sur les langues nationales. Avant la fin mai, il y aura à Bobo Dilasso un atelier National sur la mise en œuvre des langues maternelles

Je me souviens : « La tristesse des peuhls est ma roue de secours… » Quand donc cette phrase a t elle bien pu s’échapper de mon stylo ? Les conversations d’il y a trente ans avec Pascal qui portaient sur les Peuhls et les … ? Opposant les nomades et les sédentaires, ceux qui brûlent tout derrière eux et ceux qui conservent. Pascal me disait-il qu’il me voyait bien appartenir à la race des Peuhls ? Moi, je veux bien, tellement ce peuple, dans sa misère actuelle, porte de poésie, de séduction, de noblesse et d’élégance et ces femmes, si belles .

Au tournoi de jokari c’était toujours les Mossi qui l’emportaient. Une nappe jaune, une nappe bleue . Vivre constitue en soi une bonne leçon. Gens pressés, gens de rien, ne faites pas les malins.

Après, ça ne se raconte pas : l’expédition vers Warzamé. Départ de Ouaga, nous en taxi avec Mme Boly et une « nièce » de Valérie et son bébé, et derrière, le (ou la ?) « bâché » qui est en fait paradoxalement un pick-up découvert surchargé, sacs de ciment, plaques de tôle, outils divers, et les ouvriers et l’ingénieur civil, tous avec leurs nécessaires pour la nuit.

routedeWarzame1

La longue route vers le Sud et qui se transforme en piste de terre rouge, la savane, les marchés au bord de route avec les mangues et les sempiternels poulets qui grillent sur la tôle ondulée. Et puis l’arrivée à Warzamé : quelques cases disséminées, le petit sourd-muet qui me donne son amitié et qui ne veut plus me quitter,

warzamemonami

et Yacouba notre interprète qui a appris le français à l’école des frères musulmans en Côte d’Ivoire et le palabre qui commence lorsqu’on nous apporte pour Mme Boly et moi deux fauteuils en palmes tressées.

palabre1

La rigueur de Valérie, attentive à ne pas faire de promesses qui ne pourraient être tenues, quand un Peuhl vient lui demander s’ils pourraient reprendre du bétail – ils n’ont guère envie de se transformer en agriculteurs, eux les éternels nomades-. Et puis les ouvriers du nord qui s’affairent et qui terminent l’installation béton du forage qui pourra recevoir la pompe.

forage-sans-betonmaconnerieachevee

Valérie fait dresser une liste nominative des différentes tâches attribuées à chacun des villageois, dans le souci de les responsabiliser au maximum. Et puis le soir tombe et on me montre ma case : un serpent se tord sur le sol, que mes deux accompagnateurs exécutent sur le champ à coups de bâton. Je ne suis pas trop rassuré pour le reste de la nuit, mais je n’ai pas le choix : je m’allonge sur la natte, et quelques instants plus tard je sens une ombre qui s’allonge entre l’ouverture de la case et moi : « je suis ton gardien pour la nuit ». Rassuré, je m’endors. Dans l’aube grise je me réveille seul, sors de la case et j’entends un chant magnifique porté par la voix d’une fillette que j’enregistre, une antique berceuse peuhl et l’émotion me prend au fond de la savane devant tant de dénuement et tant de beauté conjuguées à la splendeur du jour qui se lève sur ce bout de terre où les Peuhls de Warzamé, nous les aidons à se sédentariser pour ne pas qu’ils disparaissent.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir