Il te faut

par dominique ottavi  -  12 Février 2018, 04:25

Il te faut

doigts de ta main dans ma main de mes mains sur tes seins je rêve beaucoup de toi j’ai refait le chemin mille fois sur mes doigts timide et incertain, j’ai lâché mes bateaux dans le vent des oiseaux j’ai craché mon désert comme un chant sur tes lèvres, je rêve beaucoup de toi la porte grande ouverte sur mon chemin de croix où s’enfle la poussière, il y a longtemps déjà, ces mots qui ne viennent pas qui disaient : revenir, je t’aime, ne plus souffrir, je vous aime comme un taureau, je vous aime comme les animaux, libère-moi de la colère et redonne-moi ton chant, je ne t’ai plus vue je m’en souviens et ce silence et ton absence et tes lèvres serrées si blanches quand je t’aimais, les yeux du vent les dieux de la pluie, un jeune palestinien a jeté des grenades dans la gare routière, 64 blessés, sans complice, on est les rois du monde, une de mes plus belles histoires d’amour dit Éric c’est quand j’avais 15 ans, on avait creusé un tunnel dans le sable pour toucher la main de celle que j’aimais, l’ultime enfance, j’ai croisé la dame sans lit, au revers de sa robe ma chance, mon dernier alibi, mon beau totem je t’aime je t’aime je mens je rêve poussière d’étoiles fille du vent tisse ta toile à Hurlevent y’a plus rien à voler dans le château hanté y’a plus rien à sauver dans le château abandonné, j’ai remonté le temps à pas de loup, j’ai remonté le temps je ne t’ai pas crue je ne bois plus je tiens en respect tes baisers ne bouge pas ça ira, bonnet de nuit gardien de cimetière, tu seras comme la nuit sans boire et sans manger, sans répit sans souci, sans débit, juste lu, à peine compris dans le ttc, et pourtant ressuscité d’entre les pluies au quatrième jour cinquième coup du gong, inachevé inaccompli évanoui, un nain noyé dans ma prose qui se joint les mains comme un jeune fauve à l’abandon, des alouettes pleureuses, revenues de la poussière s’invectivent en braille entre le manuel et le cahier j’ai peu pris d’exercice mais je t’ai tenu bon les mains quand il fallait, mon sang était le refrain, me voici client au café étudiant où nous avions déjeuné hier avant-hier autrefois demain, des chiens courent lentement, la pluie tombe sans y toucher et j’ai un courant d’air sur la nuque qui me parle de toi partout, qu’est-ce que je dis là ? il n’aurait pas fallu couper court aux démonstrations convenues par haine de la démagogie, mais si elle est bleue que ne ferai-je ? mal habillé maladroit, je me moque de moi de mon cœur qui bat comme ça, comme s’il n’y avait jamais eu ces années écoulées à vivre chercher comment pourquoi vivre comme aux premiers jours, adolescence, souvenir du monsieur qui se fait vieux doucement, convenable et solide ce qu’il faut la table est bancale l’expresso refroidit, c’est vrai nous sommes seulement samedi, pas dimanche, pourquoi dimanche ? cette impression de grand vent calme où se nouent doucement les écharpes d’un autre âge, long silence habité sans hâte comme un repos d’enfance un abandon au rêve du temps nos âmes fortes et craintives souvent avant qu’on n’ait jamais rien commencé, débuts titubants dans la vie qui t’appelle, forêt vierge de tout savoir, doute, connaissance, tu sais bien que tu iras, mais tu prends le temps puisque tu l’as, le temps de te décider et déjà tu as fait plus de la moitié du chemin, nous ne vivrons plus longtemps, comment as-tu fait ? ah je ne savais pas, allons, pas de hâte non, allons allons, en route mon fils, prends ma main, conduis-moi où je dois, c’est là aussi qu’il te faut

Copyrightdominique ottavi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :