Patrick Pérez-Sécheret à propos de "Pas l'amour"

par dominique ottavi  -  24 Février 2013, 14:01

Pas l'amour

On est prévenu d’emblée : pas l’amour, comme on dit : même pas mal en gamin blessé, par bravade. Le court récit poétique et romanesque d’Ottavi est limpide, heurté comme une porte qui doit s’ouvrir, un va-et-vient entre elles -les amours- ponctué de sensualité, des feux d’artifice que cela produit, a produit, poursuit encore, puis l’échouement final, puis à nouveau le désir, le pétard en flammes qu’elle(s) affolent. Comment les choses viennent, qu’on les veut, que tout ressemble à l’envol des oiseaux, à la fuite ? Ottavi exprime une dynamite des corps, sa violence, son impatience, sa folie : on dit que les grands fleuves ne traversent pas seulement les pays mais aussi le coeur des gens. Aussitôt le dépit, la colère, l’espace grandi entre les corps, l’autre qui vous efface : Il faudrait être intelligent c’est difficile. Le poète-troubadour ne dit pas grand chose sinon : on n’est que l’âme de ses proches, les êtres, les bêtes, les choses... c’est-à-dire le rien du tout, tout du rien, l’existence pudique micro-macro, revers du miroir, soi. Soi est lourd et léger : Je veux du calme et des yeux, des plumes pour l’enfant et des rêves sans serment. Une nette tendance à l’épicurisme affleure au gré des pages denses, élégantes, mais l’auteur dresse déjà un constant accablant de félicité, rebondit, voit les autres, existe bel et bien : Comme la vie est courte et comme elle est rapide, parfois j’ai le sentiment que je ne suis pas encore né, que je flotte sur les vagues des limbes primordiales et que tout ceci ne me concerne pas vraiment... Oui, ce récit bleu et rouge, poétiquement débraillé et pudique, engendre l’essentiel : Un seul signe rouge de ta main et je n’aurai plus peur de rien. Sans doute un mensonge mais avec la foi du charbonnier, celle d’un franc-tireur-partisan d’amour et de fraternité : peut-on être autre chose qu’aimer-aimant, aimant-aimé, et avec et dans la dignité ? Ottavi a besoin de la famille des mains, de chair frôlé, de tissus défaits, de sa famille, celle qui bat l’amble des souvenirs, celle qui bat la semelle du monde, mais entendez-bien la famille de l’humanité et sobrement, hautement, avec des phrases au cordeau du beau. Ottavi livre-délivre avec Pas l’amour sans doute l’un des plus beaux chants qu’il soit pour en parler vrai. Livre refermé, ça vous poursuit à fleurir le poids du jour, à oser espérer qu’il manquait des pages ou des plages d’écume...

 

©Patrick Pérez Sécheret

à commander aux Editions de l'Harmattan. www.librairieharmattan.com. Paris. 10€50

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