Fesch Poème/ Fesch Versu

par dominique ottavi  -  14 Octobre 2021, 11:05

Fesch Poème/ Fesch Versu

Dominique Ottavi

FESCH Poème

Salut à toi,
Ô Toi,
L’Homme au Gant
Qui sait si bien me hanter
Depuis si longtemps
Piéton du Fesch
Arpenteur réjoui
De ses couloirs, de ses salles
À plafonds hauts
Naguère salles de classe
Salut à toi Ô Aristide Le Nerrière Qui m’a si bien rafraîchi la mémoire Rafraîchi le désir d’à nouveau Venir te visiter ici
Entre quatre yeux
Sans pour autant
Par toi Ô l’Homme au Gant
Me sentir toisé
Juste te regarder bien en face
Sans faillir
L’automne s’en vient
Sur ses chausses de velours
Et toi tu ne bouges pas
D’un cil
Je suis parti juste avant la pluie

Vous étiez comme une rose
Sur le bord pierreux du chemin
Vous étiez divine et solennelle et solaire Et je ne l'ai pas su
Tête de bois

Les nuages se teintent d’ocre
Le même qu’on voit à la falaise Plongée lentement
Dans l’eau de cette mer
Indéfinie
Sans bruit
Étirée
Jusqu’à l’horizon
Juste à peine que suggéré
Salut à toi, Ô toi qui repose Alanguie de toute ta superbe
Sur le côté gauche
Là où l’on trouve, dit-on, le cœur Ton bras tendu qui flatte l’eau
A l’endroit du poignet
Que tu as gracile
Et qui semble hésiter
Entre abandon, résignation Désignation de cet élément Improbablement mystérieux
Ô ta paume ouverte

Tes doigts si fins
En corolle
Tremblants
Ton sein droit découvert Dignement

Ta tunique
Cette blouse blanche
De vestale
Où repose
La lyre
A demi escamotée
Ô ton corps lascivement abandonné Entre mer et rocher
Ô tes yeux clos
Ta bouche demi ouverte
Ô la perfection de tes lèvres
Et ce ruban serpent dans ta chevelure Ô Sapho
Naturel pas naturel
Draperies légères
Ô Joseph-Thomas Chautard
On m’indique que Sapho
Non tu ne dors pas
Que tu es belle on le voit
Et bien morte
Pourtant
Belle si belle et bien en allée
Déjà de ce rivage
C’est du haut de cette falaise ocre Lesbos
Que tu t’es belle et bien jetée
Amour désespéré paraît-il
Ô Phaon
Pour qui tu avais belle et bien déserté Les preuses jeunes filles
Ô Sapho Ô ton corps alangui
Tant désirable
Qui répond en toute précise perfection Au corps alangui de même Précisément désirable
De la falaise ocre
Qui te regarde
Que tu regardes

J'étais le Passant Sans souvenir Ni espoir
Juste passant.

J’avais longtemps rêvé Tout passant que je fusse Pouvoir aller et venir
À ma guise

En ce Palais
Palazzu au sens propre
A ringraziavi
Ô Madame Cristofari
Ô Mario Le Sépulcre
Me voici par les galeries
Et les salles du Fesch
Arpentant ces dalles de miel
Venant à la rencontre
D’un autre moi-même
Caravagesque
Ogre confondant
Nourri de fruits multicolores
Insensibles
Sont-ce campagnes d’Italie
Au besoin campagnes de pub
Ô les hémorroïdes de l’Empereur
Par lesquelles il fut
Pour la première fois
A Waterloo vaincu
Est-ce nous à Austerlitz
Sempiternels grognards
En quête de la case départ
Retournés sur les chemins de la lune Cueillir des pâquerettes
Et des engelures
Insensibles et sereins
Tels rouages de cette machine huilée à point Ne se souciant plus
Ou si peu de Joseph
Au beau milieu des reîtres, des sabreurs
Ô Joseph dans sa carriole
Qu’il emplit peu à peu
De toiles de maître
Pas prises à l’ennemi non
Juste affectionnées par lui
A la folie
Ô Joseph Fesch, fils de François,
De Bâle
Et d’Anghjula-Maria Pietrasanta
D’ici
Tu aurais voulu naître là
Que tu n’aurais pas pu
Dis-tu
Dans les vagissements du pourquoi pas Poursuis-tu

Le grand Théâtre De l'inutile
Et du futile
À grands renforts De carabistouilles Et de fanfaronnades

Nous aurions été tranquilles et impatients Pressés de faire advenir
Ce qui nous revient
J’essaie

Je teste
Sans cesse les solutions imparfaites
Les plus que parfaites aussi
Et je me gâte parfois à la tâche
Tâche amère redondante aimée
Et dans tout ça quelle place occupe donc Mon serment au fil de l’épée
Serpentant dans les nuées
Les nuées envahissantes
Qui s’esquintent à me doubler
Sur ma gauche
Ou bien n’importe comment
Non vous savez bien
Je suis né des étoiles
Un matin de printemps
Quand l’ermite fou de rage
Se dévora le gant
De la main gauche
Pensant qu’il s’agissait de ses doigts Comme je t’aime l’ermite
Comme tu manques à mon quotidien
Et dans ce palais où je vis
Comme manquent les chambellans
Leurs gants blancs
Les cuisses nues musclées
Du vieil homme à l’agonie
Dans le crépuscule vert bronze
En catimini
Je n’aurais pas parié sur lui
On ne me l’a du reste pas demandé
Refus d’être convoqué
Invité arraisonné
Passant glissant
Sur les dalles de l’éternité
Qu’est ma vie
Quand j’oublie de dire je
Voilà as-tu dit
Et je compte la quatrième mesure pour toi Pour y déchiffrer
Je ne sais quel spécieux
Argument
Absenté
A heures fixes
Et qui finit toujours par revenir
Habillé de beige
De sourires lancés
A bon escient
Vers qui de droit

Ô Léda, tu sonnes la charge
Le cygne n’est que le signe
Parfait de ta joie
Teintée de la langueur un peu triste D’être en vie

En pleine vie
Les chuchotements rebondissent Sur ces mêmes dalles
Où le bruit que font tes pas
Est celui d’une imprécise sonate Impavide
De bon aloi
Ô le velours rouge des banquettes Exhalant comme un parfum de fête Classieuse
Nous sommes dans la coursive
Un peu oppressante
D’un paquebot
D’un ferry au port
Moteur ronronnant
Nous attachant à chaque œuvre Sans la moindre exclusion possible En chacune des salles
Ô Vous qui entrez ici
Laissez donc votre colère
Au vestiaire

Tu es cette ombre
Passant sur les décombres D'un bateau ruiné

Nous sommes encore en vie
En bonne vie
Et l’art nous le rend bien
Du graphite et du soufre
Des dégringolades d’objets précieux Tentures aiguières onyx

Lames subtiles
Celles d’un tarot imprononcé Pas un rire un sourire même Chacun s’étonne
Qu’ici le tonnerre
Jamais ne tonne
La nuit d’hiver s’en vient
En bas dans la cour
Ô la statue du Cardinal Entr’aperçue de haut
Ce drôle de crâne
Qu’on dirait placide
Obscène un peu
Nous sommes en vie
Le septième cercle
De l’enfer à quatre mains

Peuplé d’éléphants
A quatre chandelles
Ô la fougueuse cherchant à enlacer Son beau uhlan
Qui n’en peut mais
Entravé par son shako
Son sabre qui pend
Malgré l’aide empressée de l’enfant Les colonnes s’espacent
Devant l’armée des cavaliers
En marche vers la mer au loin
Ô l’adorable petit serviteur turc
Qui s’applique à porter religieusement Précautionneusement
Le plateau ouvragé
Où trône l’impériale
Théière
Ô cet art de tailler les crayons
En quatre
Le vent soulève le blanc fanion Trônant en haut de la tour grise
Qui domine les murailles ocres Ouvertes par une porte noble
Aux montants ruinés
Il ne fallait pas tant courir après le vide Au son des clairons faux
Des sabres ébréchés
La mélancolie vint après
Longtemps après les ruines
N’est-ce pas Ô Giaquinto
Le trois-mâts effilé
De si minuscule taille
Au pied de l’orgueilleux palais
Qui déborde
Sur le quai
Où s’ébrouent
Les petites gens
Rabougries
Mais bien fières
Sûres d’elles-mêmes
De leurs atours chamarrés
Nous sommes comme qui dirait
Les derniers des premiers
Et nous ne ferons pas fortune
Juste bombance
Ô les canons éteints
Noyés dans la masse
Assurant le maintien
L’étranglement dans la nasse
Ô cette drôle de chance pour un sort Scellé par la malchance
Ô l’épouvantail des crétins
A la vitrine du devenir

Ô les machines de guerre
Rêvant de Cythère
Nous ne sommes pas les plus fiers Loin de là
Juste les plus efficaces

Son front étoilé Sa bouche tordue Il ne demandait Qu'à être entendu

Machinalement les traces S’effacent
Les fumées blanchissent Peu à peu

Sur le ciel bleu
Où courent les blancs nuages Merveilleux
Qui t’écarquillent l’âme
Une tour
Deux tours
Un portique
Une citerne
Et mille chevaux
Sans cavalier
La nuit s’en vient
Les bannières s’abaissent
Vers la terre
Meurtrie
Sanguinolente
Miracle
Impromptu
Simagrées
Et vive la Mariée
Ô Il Pomarancio
L’ange de la folie
Drapé de la robe
Kabyle
Ailes berbères
Le doigt tendu
Contre la malédiction des ciels L’Ange déchu
Mais son pied
Sur la boursouflure bleue
Qui le légitime
A le gros orteil désolidarisé Des autres
Nous voici à l’orée
D’un étrange voisinage
Les étiages sont en berne
Les ordres viennent d’en-haut Personne ne s’y soustrait

Personne ne le pourrait Malgré la colombe Annonciatrice
D’une épiphanie Glorieuse que de nom En fait déjà triste Qu’inspecte-t-elle donc De la sorte

Les yeux amandes
Sur ce luxueux coussin
A terre
Atterré
Pareil à l’ange délétère
Est-ce le berceau de nouveau-né Au promis
Où déjà la couche royale
De sa gloire
Inconcevable
Le missel ouvert
Sur ce prie-Dieu
Élémentaire
Elle n’a pas un regard pour lui Sur sa tête
Les nuages
Épousent
La colombe annonciatrice
En gloire
Puis s’obscurcissent
Et sombrent
Sous le dais de velours
Bronze
Plus du tout à son affaire
Et puis la mort est à l’affût

Ils disaient
N'allez pas si vite
Le ciel n'est pas encore tombé Sur vos têtes
Mais ça peut venir
En attendant
Remettez donc vos casquettes Dans le bon sens.

Ô Saint-Jérôme
Tu te le tiens pour dit Yeux révulsés Braqués obstinément Sur un ciel absent Fleurs et fruits
Ma patrie
Furibonde folle Retrouver Rééprouver le geste

Méticuleux du peintre
Ô Fesch u me Palazzu
Comment parler de toi
Sinon sur le mode de l’invocation Invoquer

Magnifier
Diluer dans l’espace
Le moindre détail
D’un pinceau
Révolu
Je sais faire le sens
Et le sens me le rend bien
Soyez bienheureux
Soyez cléments
Vastes et fiers
Comme cette galerie
Qui rougne
Dans la lumière du faubourg
Ô la rue Fesch
Ô le Borgu
Où les peuples descendus des villages Goûtaient naguère aux joies
De ce qui n’était pas encore la capitale, Enfermée pourtant dans ses murailles Que ton empereur de neveu
Fera raser

Une maison jaune Entre la ville et la mer Cerisiers en fleurs

Ô juste entrer au palais Fesch Contourner la statue du cardinal Par la gauche
Ou par la droite

S’apercevoir que rituellement
On le fait par la gauche
Ce qui n’a absolument aucune signification Autre peut-être que les palmiers
Dans leurs caisses de bois
Sur l’esplanade vaste
Qui jouxte
L’Impériale Chapelle
Ô la salle Fesch
Elles sont plusieurs en arrêt
Devant « Napoléon sur son lit de mort » De Denzil Ibbetson (1788-1857)
L’un de ses geôliers ?
Et puis « Tombeau de Napoléon
À Sainte-Hélène,
Dans la vallée du géranium » (1829) François Edme Ricois (1795-1881) Splendide miniature

Trop belle pour être vraie Et puis l’obélisque
Avec l’inclusion de bois Du cercueil

De Napoléon (Anonyme)
La neige patine Et la glace dure C’est un champ Vaste

Comme une coulée D’avalanche
Mais plane
Il ne manque qu’un trône Royal

Impérial
Imperméable
Ô l’Hermaphrodite qui cherche ses clés Au fond de sa couche
Où il trône
Nu bien entendu
Nue bien entendue
Du pain et du cirque
Des seins
Et une bite
Monsieur Courbet
Fait semblant de venir de loin
La barbe bien taillée
En pointe
Pablo fait des pâtés
De sable
Collectionne les berlingots Multicolores
Les billes de verre
Translucide
En pointe
Menaçante
A l’endroit de ses hôtes
Pourtant bien avenants
Venus au-devant de lui
Sur le bucolique sentier
Simple sentier
Septimanien
Ô l’Homme au Gant
Aujourd’hui
Sous-titré : La Conscience
Ô le drôle de nippon
Qui lui fait pendant
Et même Gringoire
Sort du lit
Visé par Giacomoni
Ô la petite sirène
À genoux

Affublée de masque et de palmes De plongée
Où est donc passé
Le tuba

Ô Parmiggiani point d’interrogation Sur l’oreille droite
Sa tête repose
Sur le vide

Au beau milieu De mignons nids D’oiseaux
Un autre nid

De barbelés
Fils de fer barbelés
L’avenir est une plage
De sable
À l’infini
Avec des bateaux pour sûr
Et des barques
Échoués
Ou bien au repos
Y dérivent de petits homoncules Ô Congés payés
Ordinaires
Rapetissés encore plus
De cette immensité
Où ils grouillent
Fourmis satisfaites
Face à l’immense ombilic
De plastique blanc
Menaçant
Qui menace
Menace sans cesse
Encore plus
Benoîtement
Sans faire de bruit
Le moindre geste
Ô l’Architecture des Mourants
Ô l’Or redondant
De l’époque passée
Qui paraissait heureuse
Si sûre d’elle-même
Pour l’éternité
Cette succession ininterrompue De jours
A laquelle on voudrait à tout prix Donner un sens
On patauge dans le delta
Et l’on frappe l’eau
Comme font les enfants
L’arbre qui tourne
N’amasse pas mousse
Sur l’avenue de pierres

De bois
De souches
En morceaux calibrés
Du même moule
Qui y mène
Ô Fesch
Me voici ce jour
Indésirable
Le Président de la République m’est passé devant Par tes entrailles
Ô Léviathan insulaire
Ô Paquebot illuminé
Sur ma tête
Naturel pas naturel
Picasso joue aux dés
A la pétanque
Sur tes dalles fauves
Ô le si bien nommé Palais !
Quelle est donc cette tour
Dominant la plaine
Ce haut plateau désert
Où se débattent
Les incertains
D’une joute
Amoureuse
Ou bien
Trois êtres improbables
Liés étroitement
Par leurs fondements même
Faune cheval oiseau
Pissenlit
Ô les raisins de Zeuxis
Si parfaitement peints
Que les oiseaux
Viennent les picorer
Ô le cerf-volant délité
En ce paysage sans enfants
Et pour cause
Ô Majesté apeurante
Cet entrelacs de montagnes
De lacs
De déserts
De mers
Ô l’Immensité sans bornes
Ni frontière
Et pourtant
Minuscules
Comme dissimulées
En bas tout en bas
Seul signe d’une humaine présence
Trois cheminées haut-fourneaux
L’une crache sa fumée
Ocre à son tour

Toute ratatinée
Toute infime
Négligée
Laissée pour compte
Puis l’on se surprend à deviner En haut à droite

Comment ne l’avais-je pas déjà vu ?
Un ensemble de bâtiments en quinconce Comme des fabriques à l’ancienne
Avec à leur tour leurs cheminées
Dont la fumée se noie dans le paysage
Sous la gigantesque chute d’eau
Ô l’eau qui coule de partout
Tranquillement
Ô lacs torrents immobiles figés Ô vapeurs d’eau Figures répétées de la chute immobile
La matrice primordiale ?
Deux pins poussés comme au jugé
Sur ce promontoire vertigineux
Cœurs boursouflés
Infini de la perspective
Atolls sanguinolents
Ô Picasso acrobate
Ô Picasso Napoléon
Mèche et sourcils
Soldat et potager
Piscine
Film
On marche sur du miel
On plonge dans un univers de miel
A toute princesse toute caresse
Cette lente lanterne
Qui ajourne l’étoile
La puce à l’oreille
Pour ma belle
Solaire

A la terrasse du Grandval Nonchalante
Apparente
Énergie ramassée

Elle boit au goulot
La Pietra
Sans cesser d’allumer ses clopes Elle est dure comme ses bottes Tendre comme les rêves
Qu’elle ne cherche même plus A dissimuler
Gonfanons de sa solitude Affirmée
Revendiquée
Sans esbroufe

Nous sommes au monde Tels quels.

Je suis parti
Avant qu’il ne pleuve
Les nuages se teintent d’ocre
Encore
Le même que celui de la falaise
Qui s’étire sans bruit jusqu’à l’horizon Même pas montré
Juste suggéré
La femme repose
Magnifiquement alanguie
Sur le côté gauche
Celui du cœur
Les nuages du silence pourpre
Où se perdent les anges boiteux
Sous les étoiles protectrices
Nous sommes de ce silence définitif Qu’aucune musique
Aucun chant
Ne viendra plus troubler
Les étoles se délitent Intentionnellement
Nous forçons le trait
Puisque les stylets parlent d’eux-mêmes Témoins parfaits de la suffisance
D’une époque terrible et regrettée
Pour la gloire indescriptible
Qui fut sa marque
Sa gloire
Et sa beauté
La bonté alors
Était reléguée
Au rayon des affaires domestiques
Il suffisait de paraître
De ne jamais s’excuser
L’impromptu fut la règle
La chance des parvenus
Et des sorcières
Juste ne pas laisser l’émotion Empourprer nos visages
Nos combles
Nos sous-bois
L’étendard de la révolte
N’était pas encore sorti
Des métiers
A tisser
De Lyon
Où l’on te fit, Fesch,
Primat
Des Gaules

Vous étiez telle
Un linge
Battant des ailes Dans le grand vent Affligeant

Et rédempteur Blanc

J’imagine ces banquettes
Dans les corridors en ruines
Où les chèvres naines
Se délectent
A saute-mouton
Passer le temps
Et le temps s’ennuie
Depuis si longtemps
Qu’il coule
Passe en douce
A l’ombre des tours
Des aqueducs
Des Trianon
Mâchicoulis
Armées de la déroute
Le temps s’use tout seul
De ne jamais vouloir cesser Demander la trêve
L ’armistice
Le temps s’use
Le temps perd la foi
En temps réel
Inventant d’un coup
La belle mélancolie
La lassitude de vivre encore
Nous voici les gardiens
Du temps
Qui refuse pourtant de nous écouter Nous prêter l’oreille
Saurons-nous un jour
Lui faire entendre raison
Ô Picasso sur ton escabeau Finalement penaud
Ô Fesch
T’imaginant
Sous les traits
De Jean-Jacques Beucler
Le fringant directeur
De l’Institut Français d’Alger
Qui me reçut naguère
Avec mes congénères
Lors de ce beau
Printemps des Poètes

Avec cette fastueuse simplicité Bonne et belle
De miel
C’est le printemps des batailles Navales

Observées à la jumelle simple
Des radeaux médusés
Abandonnés à leur sort marin
Aux monstres antédiluviens
Pendant ce temps de stupides angelots Fessus

Font la joie de leur fratrie
Parentèle ébaubie
Nous voilà sous les plafonds peints D’un palais
Qui se voulait éternel
Sans contestation possible
À la lisière des illusions
Nous recomptons sur nos doigts Nos chances de nous en sortir

La Neige
La Lune
La Nuit
Entre mes draps.

Le Cardinal, le vif, le téméraire, le débonnaire Est un malin
Il ne pliera pas ses gaules
Tant que les évènements ne l’exigeront pas Les évènements prendront leur temps

Belle leçon à notre endroit Nous qui ne savons pas N’avons jamais su
J’aime ce beau jeune homme A la barbe naissante

Il approche délicatement son gobelet De l’amphore que tient
La petite paysanne pétulante
Le caressant des yeux

L’éternité est là
Comme d’habitude
Dans et par les gestes simples D’un quotidien inventé
Sinon magnifié
Nous voici donc
A la lisière de l’être
Qui de nos jours
Tremblote encore

J'étais

Passant
Sans souvenir Ni espoir Juste passant

Le jour joue par la fenêtre
Au loin les bateaux
Ont pris leurs quartiers diurnes Demeure cette lumière
Timide
Par derrière les tentures
Qui me réconcilie
Avec le réel
Mais que connais-je donc
Du réel
Moi par derrière ma vitre Quelques notes
D’une musique inconnue
Qui résonnent encore
A la tombée du jour
Dans les salles cardinales
Du Palazzu
Ô a me Palazzu
Ô Diogène per favore
Arrête-toi
Ne fais pas l’imbécile
Ni le sournois
Ne prêche plus ainsi
Le faux
Pour savoir le vrai
Comme disait ma concierge
En ces temps détestables où
A la façon de l’assemblée secrète Des courants d’air
Nous finissions d’entrer

Et la vie
Agite ses longs bras
Remue ses longues jambes
Use de tous les stratagèmes Mais je n'y crois pas Simulacres et danses du ventre Discours apprêtés
Et prêts à consommer
La vie s'en est allée
Avec sa dignité
Son quant à soi
Sa gloire

Majestueuse Mais où donc ?

La forêt se vautrait
Sur des rocs moussus Inconsidérément
La folie n’est pas aux commandes Ce matin
C’est qu’on lui a juste
Coupé les mains
Afin qu’elles repoussent plus vite Au plus malin
J’ai appris à temps
Que tu devais revenir
Mais j’étais déjà reparti
Les cornemuses aboient à la lune On a confisqué
A l’ado joli-gentil
Son épée bien trop grande
Et bien trop lourde
Pour lui
Miracles en Papouasie
Que faut-il en penser
J’attends le jugement
La décision finale
De la Curie
La seule habilitée
Il règne un silence
De climatiseur
De faux bonheur
Alambiqué
Néanmoins considéré
Avec la plus grande attention
J’ai eu du mal
A assimiler les données
Je me faufile
Entre les gouttes
Les mots
Les morts
Les phrases
Les toiles
Leur ponctuation
Dynamitée
Avec méthode
Circonspection
Entends-tu les téléphones
Au loin gémir
Les bateaux à quai
Braire
Leur ennui
Qui les fait fumer

Comme des pompiers Poumons encrassés Me voici bien à l’abri De mon beau Palazzu Cardinalissime

Le brame donc Lancinant
Des bateaux à quai
Nous nous étions perdus Sur la route

Pourtant nous étions le sens Nous étions le sang
Les sauf-conduits
Déjà obsolètes

Avant même
Que d’être établis
Nous étions la cible
Et la ciboulette
Qui étend lentement
Ses terres
Son domaine
Par-delà la mer
Quand le brame
Lancinant
Des grands bateaux
À quai
Te perce le cœur
Les poètes sont ces mains Qui se lècheraient les doigts S’il n’y avait le vent froid
Qui ne dit rien
Qui vaille
Elle
Elle a pour manteau de sacre Le ciel tout entier
Qui l’accompagne
Dans sa marche au trône Impérial
Remontée de la mer
A force de rames
Sous l’œil languide
De la sirène
Qu’elle a prise pour marraine Elle sait mieux que moi
La musique
Que le plus profond
Le plus pur
De moi-même désire
Me la joue
Sans délai
Ni façons
Ni ostentation
Dans la galerie

Aux bustes blancs Là-bas au fond
Le doigt dressé De Jerôme

Ô Roi de Westphalie ! Désigne on ne sait :
« Des plats à gants » D’argent doré

Ciselé
Une tabatière
Érotique
(Marie-Louise et Neipperg ?)
Ce coït sur un cheval
Apparemment au galop
Et qu’il fouette
Tandis qu’il besogne
Sa catin
Dehors
Par derrière le rideau
La pelouse de l’Amirauté
Encore des plats à gants Rectangulaires
Des ovales aussi
Sur pied
Dehors le soleil
S’écrase
Sur la statue du Cardinal
Dedans
Le joueur de Guzla
Égypte
Par Monsieur Paul Leroy
Ô Djellaba gandoura
Bleu moiré
Col fendu
Quatre cordes à l’instrument
On ne sait si elles sont
Simples ou doubles
Reliées toutes
A un simple piton de bois
Au cul de l’instrument
Ô Beau musicien aux longs cheveux Pas frisés non, crépus
Retombant en volutes
Débordant de la coiffe
Ouvragée brodée
La main droite semble être à l’œuvre La gauche repose mollement
Sur le manche
Et ce carnage de volailles
La tête en bas
Le plumage encore bien frais
Ô le Faune au verre de vin
Une coupe en fait

Qu’il lève manifestement A la santé du passant
Ou du bout du temps Derrière sa nuque

Trois voiles sont en rappel
Sous le ventre des oiseaux de mer Dessus une crique improbable Veillée par la montagne bleue Émergeant de la mer verte Comme il se doit
Je guette le moment
Où les mots
Me reprendront la main

Je rentre dans le rang. Que je n’ai du reste jamais quitté. Malgré les injonctions. Répétées. Ni un kapo. Ni un chien de garde. Ni un méli-mélo. Ni un bien propre sur soi. Ni un passeur de plat. Rien qu’un homme seul. Chevillé à sa propre divinité. L’activant sans cesse. Sans vergogne. Ne vous déplaise. Mes seigneurs. Mes saigneurs.

En bas dans la cour
A l’ombre du Cardinal Écrire à points fermés
Pour ainsi dire
Ma belle
Mon beau seuil
A moi-même
Comme s’il me fallait Passer devant
Ce qu’il reste du temps Humblement nonchalant Déçu d’avance
Sans remords
Sans regrets non plus
Juste en équilibre benoît Entre les souhaits
Et les amertumes
Pauvre comme Job
Et riche encore
Malgré les ans
De tous ces possibles Inintelligents
Satisfaits d’eux-mêmes Contents quoi
Puis on descend en courant Les marches fauves
Vers l’Impériale Chapelle Je ne peux exister
Sans toute cette splendeur Exister c’est aussi dormir Jusqu’au ciel
Par-dessus l’ancienne école

Avec cette désinvolture sacripante Donnée en sacrifice
Au petit jour glorieux
Qui se lève sur la cour

Où est ta statue
La joie appelle la joie
L’âme enseigne l’âme
Le bonheur tue la mort
Quand on prend le texte en soi Convoquant sa propre mort
Qu’on s’intextue à sa propre destinée Qu’on se fait sentinelle
Bouche en coin
Ô ma tourterelle
Oh t’entextuer
Je guette cet instant
Où les mots
Vont me reprendre la main
Ce désir jamais démenti
« Maintenant que j’ai trouvé
Toutes les réponses
Les questions ont changé »
Ô Toi, Marie Dominique Sampieri)

La poésie ne saurait être vivante Elle n'existe qu'en mourant Faisant mourir
Le vieil homme

La vieille âme En moi.

Ô Fesch
Je vais te dire
C’est toi le sacripant
Tout cardinal
Que tu fus
Et des Gaules
Le Primat
Qui plus est
Tu l’avais vue venir
La tempête mémorable
Le coup de tabac gigantesque Monstrueux
Qui mit le golfe en charpie
Ses pontons éclatés
Ses bateaux éventrés
Couchés sur le côté
En loques
Même une semi-remorque
Blanc lettres bleues sur les flancs

Ses paillotes
Ô Chemin des douaniers
Ô Bâtiments
Sens dessus dessous
Le premier emporté
Fut le Palais des Congrès
Puis la Gare Maritime
Un ferry jaune
Touché coulé
Puis ton Palazzu
Commença d’osciller
Fit précautionneusement Lentement
Volte-face
Sur son socle
Larguant au passage
L’Impériale Chapelle
Laissant derrière lui
A l’attention des enfants du Borgu L’imposante bibliothèque
Ô ses incunables !
Lentement se mit à la mer
Dériva quelque peu,
Gîtant, s’ébrouant
Se relevant calmement Cardinalissimement
Avant de stabiliser son gîte
Et de prendre l’allure
Droit
Vers la sortie du Golfe
Le début du large
Du grand large
Ô le Pilote qui court après
Qui le rattrape
Sa vedette blanche
On le hisse à bord
Il connait la manœuvre
Tu penses
Droit vers le large
La haute mer
Au passage de l’Isulella
On te voit Cardinal
T’installer à la proue
Figure de proue parfaite
Ta statue de la cour du musée
Ou bien toi
En chair et en os
En vrai
En vérité
Signer les papiers
Les décharges d’usage
Et qui c’est le Capitaine hein ?
Ô Le Commandant !

Le vrai !
L’Homme au Gant
Peut bien aller se rhabiller
S’obstiner à me toiser
N’est pas Cardinal qui veut
Il ne t’arrivera jamais à la cheville
Que tu as paraît-il fine
Ô Cardinal
Mon beau Cardinal
Embarqué à bord de ton propre bord
Et qui cingle
Dépassant les anecdotes
Les analectes tout comme
Vers le grand large où tout s’abolit
Les anecdotes les analectes les faux-semblants Les joliesses les désespérances
Ô le Grand Large !
Ce Tout qui est le Rien
Que tu ordonnes
Par l’effet de ta course même
Course lente d’un corsaire
Au seul service de soi-même
Sa propre cause
Celle qu’il s’est donnée
A laquelle il a su se résigner
Condescendre
Ô Cingle mon Cardinal
Foin d’entourloupes
Ô Cingle dans le grand envol
De cormorans
De mouettes
De gabians
D’oiseaux blancs et j’en passe
Ô l’escadrille d’oiseaux de mer ailes sous ailes Ô celles des oiseaux de terre !
Et vogue la galère
Cinglant vers le Large,
Vers le Tout,
Vers le Rien
Flamboyant
Te souviens-tu qu’au bout du large
Au large du large, par-delà l’horizon
D’un coup la mer s’arrête
Et la planète.
C’est la chute dans le vide cosmique
Peuplé de poussières
D’étoiles
De dieux, demi-dieux, héros
Débonnaires à ta façon
Humains, trop humains
A ton image, mon Cardinal
Arc-bouté sur ta cargaison
Qui n’est que toi-même

Pas si louche que ça Le grand plongeon Tu n’en as cure
Ô Fesch

Tout à tes merveilles
Tes rutilances
Serrées dans tes flancs
Où s’étagent tes ponts
Que tu ne cesses de parcourir Du plus haut touchant le ciel Au plus bas, au ras de mer Du plus bas au plus haut Haletant

Ô Pont Napoléonien,
Ô Pont Primitifs italiens...
Ô Flamboyant Fesch
Ô Flamboyant
Désespérant
Ô l’extravagant Cardinal
Qui nous mène en bateau
Fesch part en croisière
Et la croisière se réjouit
Cinglante, Ô Cinglante croisière Cinglant Protée
Qui vogue, vogue
Qui file, file
Débonnaire pirate
Vers d’autres chimères
D’autres îles insatiables
D’autres mers
D’obsidienne
A moins que par-delà l’horizon Comme l’imaginaient les Anciens
Tu ne sombres dans le vide Intersidérable
Intersidéral
Ton invraisemblable cargaison
Bien au chaud de tes flancs
Aux multiples ponts
Pontons entreponts
Ne vous en faites donc pas, les Anges ! Il a ses deux parachutes
Le dorsal et le ventral
Le cinglant Protée veille à tout
Et il cingle, cingle !
Cingle, cingle donc
De plus belle
Vers tes propres métamorphoses
Nos personnelles métamorphoses Mais garde nous à jamais
S’il te plaît
L’Homme au Gant !
Ô Cingle, cingle

Cinglant Protée
Cingle, cingle
Protée cinglé
Surtout ne mets pas de gant Homme du vent, beau bâtiment Éventé bâtiment

Pas encore coulé pourtant Juste cinglant
Et c’est déjà beaucoup.

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