I Canti Sparulati / Migheli Raffaelli

par dominique ottavi  -  28 Novembre 2020, 18:19

I Canti Sparulati.

 

           

« Il y a vingt ans, chez le luthier Ugo Casalonga à Pigna, a lieu ma première rencontre avec A Cetera. Dans la foulée Mathieu Luzi m’offre le 33 tours de Migheli Raffaelli enregistré en 1983. Ma musique s’en trouve complètement métamorphosée, et mon chant, et mes compositions, et mon écriture… Comme si, A Cetera et Migheli m’avaient ouvert la porte d’un monde profondément enfoui, mais bien présent, dont il me restait et reste encore à faire pour mon compte l’exploration. Je leur en suis profondément reconnaissant et voulais depuis longtemps m’acquitter de cette « dette » ; j’ai proposé à amapola de produire le réenregistrement du disque de 1983 pour le mettre à la disposition de tous sous forme de CD (le 30cms étant, depuis belle lurette, épuisé).

Dès les premiers essais en studio, cette entreprise nous est apparue vaine : à quoi bon réenregistrer ces pièces, dont l’aboutissement dès l’origine fut tel, qu’instantanément, elles prirent leur place, souveraine, dans le patrimoine culturel et musical de l’île ? Il nous parut plus intéressant de les remixer, remasteriser, avec les moyens numériques dont nous disposons maintenant et de les republier tels quels. Migheli dit : « A l’époque, après avoir parcouru les tablatures retrouvées d’Allegrini, je me suis dit qu’il fallait établir une littérature actuelle pour l’instrument, qu’il me fallait écrire ce que la pratique de l’instrument m’avait donné envie d’entendre. Ensuite, s’est posée la question de l’« accompagnement ». La polyphonie régnait alors en maître. La tradition monodique du sud de l’île, superbement incarnée par Mighela Cesari rencontrée en 1988, provoquait à recopier ce que faisaient les violonneux ou les guitaristes, mais a cetara ne s’y prêtait nullement. J’ai donc cherché dans la tradition moyenâgeuse, et puis j’ai écouté attentivement ce que faisaient les formations roumaines ou bulgares. Au même moment nous commencions à publier le répertoire traditionnel en compagnie de Ghjermana de Zerbi. Il a fallu tout inventer : le chant monodique accompagné par a cetara… Cela a donné le 1er disque avec Mighela : » U Cantu Profundu », pour lesquels j’ai fait les arrangements pour de nombreux instruments, sauf un morceau, accompagné à la cetara seule : « Miseria Corsa ». Puis 4 CD sont nés, voix et cetara seules jusqu’en 2007. Une tradition était née de chants traditionnels accompagnés à la cetara seule. » Aujourd’hui, après tout ce parcours, j’ai voulu revenir à la cetara seule avec, d’autres créations, d’aujourd’hui cette fois, 25 ans après, aptes à rendre compte du long parcours de Migheli avec l’instrument.

Voici donc « I Canti Sparulati ».

Je suis très fier d’en avoir été la cheville ouvrière. »

Dominique Ottavi

 

• 2 textes de Rinatu Coti

• Une phrase de Nando Acquaviva et Toni Casalonga

Migheli Raffaelli : cetara

Dominique Ottavi : tampura, réalisation, photos

Yann Even : prise de son, mixage

Sylvie Her Salini : graphiste

Patricia Antona et ? : photos

Rinatu Coti : textes

Enregistré dans les conditions du direct au studio made in casa ajaccio octobre 2007

www. dominique-ottavi.com

 

 

I Canti Sparulati.

 

            Nous avions ouvert, Béatrice Ottavi et moi-même, un lieu de « parole » justement baptisé par Rinatu Coti du nom de « A Casa Parulaghja », sis dans un ancien restaurant 4 rue San Lazaro à Ajaccio. Nous y recevions, avec la complicité de Bruno et Chris Lorenzi, nombre de poètes, conteurs, chanteurs, musiciens… Migheli Raffaelli ne manquait jamais d’être présent, le plus souvent en compagnie de Mighela Cesari. Je participai, à leur invitation, à l’enregistrement et au concert qui s’ensuivit  de « Emu spartutu lu mari » …

            C’est là qu’est née l’idée d’ « I Canti Sparulati » Le jour donné pour l’enregistrement je suis allé chercher Migheli chez lui, nous avons déjeuné ensemble devant les trains, au Buffet de la Gare et avons rejoint ensuite le studio Made in Casa, boulevard Masseria. J’aidai Migheli à s’extraire de la voiture et à porter les instruments. Là il me mit dans les mains a tampura, instrument à cordes dont je n’avais jamais joué, et qui sert de « générateur » de sons et de rythmes dans la musique traditionnelle indienne. « C’est pour toi » « Mais je ne connais pas l’instrument ! » « Ne t’en fais pas : tu vas simplement installer à ta guise les motifs rythmiques qui te viendront sous la main droite, puisque sur cet instrument on ne joue pas de la main gauche. »  Je tombai des nues, pensant qu’il avait déjà prévu et préparé tout du répertoire qu’il entendait jouer, seul.

            Là j’ai vu la maîtrise du Maître :  au premier motif rythmique que je lui proposai, il s’engouffra sans état d’âme dans la musique qui lui venait, sûr de lui. Au deuxième ce fut à l’identique, je restai beat d’admiration, et le reste à l’avenant. Cet album est donc né ainsi : la maîtrise impressionnante de Migheli, s’emparant des motifs rythmiques que je lui proposais, y prenant résolument pied, pour mieux s’envoler dans les territoires les plus subtils, harmoniques, virtuoses, de sa musique, comme si ça allait de soi et ça allait de soi pour lui !

            Je me plais à penser que c’est certainement ainsi, qu’un jour comme un autre, comme celui-là, a pu naître ce qu’on a appelé ensuite « jazz ». Avec, au rebours de tout académisme, des Maîtres de la classe de Migheli, se lançant sans façon dans les improvisations les plus téméraires, sans jamais se tromper, ni de chemin, ni d’intention.

            Du grand Art, vous dis-je. N’en suis toujours pas revenu ! Merci beaucoup Migheli, pour la leçon !

 

                                                                                                                    Dominique Ottavi

les commandes pour l'album I Canti Sparulati sont reçues à l'adresse :

www. dominique-ottavi.com

 

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