Sans y penser

par dominique ottavi  -  5 Novembre 2015, 11:14

Sans y penser

Ma tourterelle, ma ritournelle, ma tristesse enfuie, ma comptine déconfite, je t’accueille en ma chaumine et décide que la vie est jolie. Comme tes yeux. A ma droite, il y a du chamboulement, les mottes de terre s’effritent et la colère est mauvaise conseillère. J’en redemande de cette force-là, irrépressible. Chaque fois que j’entends tousser je pense aux courses en montagne quand l’air est si pur qu’il vous flanque une toux d’un autre monde. Elle fait du bien à l’âme. Comme je voudrais que cet instant dure longtemps, que plus personne ne soit triste et que la gaieté envahisse l’escadron. Quand tu sauras lire dans les yeux du chat en comprenant ce qu’il cherche à te dire, tu auras gagné la partie de la vie. Mon cœur est à la cave, il va remonter ce qu’il faut pour le dîner et nous le partagerons, de bon cœur forcément. Quelqu’un chante par-dessus les toits de la ville et la mer écoute, pensive. Les barques bleues ont l’âme solide et je connais des gens heureux qui n’ont pas de valise. A minuit je reviendrai, je te dirai ce que tu attends que je te dise et les ânes viendront te lécher les mains. Comme elle est douce, cette nuit blanche. L’insomnie n’est plus mon ennemie. Surtout ne pas réfléchir, puisque ma vie est une longue suite de nuits, où la poésie me visite et me confie mes plus secrètes pensées : fais-en bon usage, je t’en supplie, je te donnerai des provisions pour la route et le chemin sera tracé à ton attention, tu ne pourras pas te perdre, je serai là, je te le promets, pour longtemps, et pour après. Demain est un jour neuf et le passé n’est que cette collection d’images comme les rushes d’un film qu’on n’a pas montés. Tu vois comme c’est simple d’écrire sans y penser.

© dominique ottavi. Tous droits réservés.

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Laforêt 05/11/2015 14:45

Insomnie








J’ai ouvert
mes yeux qui pleurent

m'étais-je trompé
dans la disposition des pierres

- et cette nage qui dans une eau noire
provoqua des gerbes d'étincelles ?

Des caractères m'apparurent
entre les paupières et le rêve:
écriture
ou éclats de pierre ?
( c'est comme si j'allais inventer le cinématographe
ou bien trouver le lieu et le moment
où matière et sens se rencontrent ! )

Demeurer sans bouger
peut-être comme un minerai
avec une intention cachée...

ne plus mourir
ne plus vouloir naître













Juste se déguiser en signe
comme une demande
pour être nommé
puis appelé
sans résistance possible

cacher le feu
cacher les morts

Qui peut voir ces signes des pierres,
exacte jonction entre la matière et l'esprit
interprétés par les vivants comme le langage
des morts ?
les morts n'en disent rien aux vivants
( ce n'est pas de l'archéologie ! )

et l'eau sombre qui cache
ou déforme ces messages

On lève la tête
vers les nuages,
leurs discours
énigmatiques
mais qui ne cachent rien

Alors j'ai fermé
doucement
mes yeux,
je n'ai pu les voir
mais je crois bien
qu'ils souriaient
réponse à Dumè à chacun son insomnie!